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Sissy : pratique érotique BDSM, questionnements et accompagnement en sexothérapie

  • Photo du rédacteur: Morgane Beauvais
    Morgane Beauvais
  • il y a 2 jours
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 10 heures

Vous explorez un rôle sissy et vous vous demandez ce que ça dit de vous ? Vous vivez cette pratique depuis un moment, mais quelque chose commence à se brouiller entre le jeu érotique et des questions plus profondes sur votre identité ? Ou peut-être que vous tombez sur ce mot pour la première fois et vous cherchez à comprendre de quoi il s'agit vraiment ? Derrière ces questionnements individuels se joue aussi un débat plus large, porté notamment par des voix féministes, sur ce que cette pratique dit ou ne dit pas de la féminité. Un point que je choisis d'aborder frontalement plutôt que de le laisser en arrière-plan.



Abstraction pastel violette, rose et bleue, nuages vaporeux sur toile, ambiance douce et rêveuse.
Crédit : Unsplash


Ce que recouvre le terme "sissy"


Contrairement à "femboy", qui peut désigner une identité ou une esthétique, "sissy" appartient avant tout au vocabulaire érotique et BDSM. Ce n'est pas un terme identitaire neutre. C'est un mot issu d'une pratique précise, dont l'histoire mérite d'être connue avant de l'utiliser.


"Sissy" vient de l'anglais, dérivé de sister. Il a longtemps été utilisé comme insulte pour désigner un garçon ou un homme jugé trop efféminé, trop peu conforme aux normes de la masculinité. C'est à partir de cette charge négative que la pratique érotique s'est construite, dans le contexte BDSM, où certaines personnes choisissent de rejouer, de manière consentie, cette dévalorisation de l'efféminement. Le mot, qui était une blessure, devient, pour certaine-e, un outil de jeu. Ce retournement est courant dans les pratiques kink. Il n'efface pas pour autant l'histoire du mot, ni les questions qu'elle soulève évidemment.


Mais cette généalogie ne raconte qu'une partie de l'histoire puisque pour beaucoup, la féminisation elle-même est vécue comme désirable, indépendamment de toute charge de dévalorisation à retourner.


Dans un contexte érotique, la pratique sissy désigne généralement un rôle de soumission féminisée, dans un cadre de jeu de pouvoir avec souvent une dimension d'humiliation consentie. Les codes mobilisés (lingerie, maquillage, tenues spécifiques..) renvoient à une féminité fantasmée et stéréotypée par notre société, telle qu'elle circule dans l'imaginaire kink d'une majorité, et non à la féminité en tant que telle.


Ce que cette pratique ne dit pas sur vous


C'est souvent la première question qui arrive en consultation !


  • Jouer un rôle sissy ne dit rien de votre identité de genre. Cette pratique n'est réservée à aucun genre en particulier. Si des questions d'identité émergent dans ce cadre, elles méritent d'être explorées pour elles-mêmes, mais elles ne sont pas automatiquement liées à la pratique.


  • Ce n'est pas non plus la même chose qu'être femboy. Les deux termes circulent parfois ensemble, mais ils désignent des réalités distinctes. Un article dédié au terme femboy est disponible ici.


  • Et ce n'est pas une pratique qui nécessite d'être corrigée. Si elle est vécue dans un cadre consenti, réfléchi et respecteux, elle ne pose pas de problème clinique en soi. Ce qui peut poser problème, c'est quand elle génère de la souffrance, de la confusion, ou qu'elle déborde de son cadre initial sans que vous l'ayez choisi.


Une tension à nommer : la fétichisation du féminin


Il y a un débat légitime autour de cette pratique que je ne veux pas esquiver le sujet parce qu'il traverse les communautés féministes et BDSM elles-mêmes et parce que vous l'avez peut-être déjà rencontré !


La pratique sissy repose sur la fétichisation de certains codes associés à ce que la société imagine de la féminité : la passivité, la soumission, le service... Pour une partie des féministes, cela pose une question de fond. Rejouer l'efféminement comme quelque chose de dégradant, c'est confirmer implicitement que "être comme une femme" est une forme d'abaissement.


D'autres perspectives, notamment dans les courants queer et sex-positifs, y voient au contraire un espace possible de subversion, en reprenant délibérément des codes oppressifs pour les détourner et les rejouer.


Ce débat n'a pas de réponse tranchée, et il ne m'appartient pas de le trancher à votre place. Ce qui compte davantage, c'est votre propre rapport à la pratique : ce que vous y jouez, et ce qui vous y attire.


Une mise en garde nécessaire sur les contenus sissy en ligne


Une partie significative des contenus sissy disponibles en ligne (vidéos, fichiers audio, communautés) n'ont rien à voir avec une pratique BDSM éclairée et consentie. Certains utilisent des techniques qui s'apparentent à du conditionnement psychologique comme l'hypnose non encadrée, la répétition de messages destinés à modifier l'image de soi, les injonctions à endosser une identité toute faite plutôt qu'à la découvrir par vous-même, à votre rythme.


Ces contenus peuvent être délicats à traverser, en particulier si vous êtes en questionnement identitaire ou dans une période de vulnérabilité. Le problème n'est pas ce qu'ils racontent, c'est la manière dont ils procèdent : sans votre consentement éclairé, sans cadre clair, en misant sur la répétition et la suggestion plutôt que sur votre propre réflexion. Ce n'est pas parce qu'un contenu est étiqueté "érotique" ou "BDSM" qu'il est nécessairement sans risque..


Si vous avez été exposé-e à ce type de matériel et que cela a généré de la confusion, de la détresse ou des questions sur votre identité, c'est précisément le type de situation qu'il est utile d'apporter en consultation.


Ce que peut apporter un espace thérapeutique


Si vous explorez ou vivez un rôle sissy, voici ce qu'un accompagnement en sexo peut vous offrir


  • Clarifier ce que la pratique signifie pour vous 

    Est-ce un jeu érotique délimité ? Une exploration de genre plus profonde ? Une réponse à une honte intériorisée que vous rejouez pour la dépasser ou qui vous pèse sans que vous sachiez pourquoi ? Ces questions n'ont pas de bonne réponse, mais elles méritent un espace pour être posées.


  • Travailler le cadre et les limites

    Dans toute pratique BDSM, la clarté sur ce qui est souhaité et ce qui est exclu est essentielle. Qu'est-ce qui est un espace de jeu pour vous, et qu'est-ce qui déborde dans d'autres sphères de votre vie sans que vous l'ayez choisi ?


  • Explorer la honte

    Pour beaucoup de personnes qui s'engagent dans ce rôle, la honte est à la fois un moteur érotique et une charge psychologique réelle. Démêler ces deux dimensions, ce qui relève du plaisir et ce qui relève d'une souffrance intériorisée est un travail qui peut être très libérateur.


  • Dans le couple

    Si cette pratique s'inscrit dans une relation, les mêmes questions de dialogue s'appliquent que pour toute pratique BDSM. Qu'est-ce que chacun·e y trouve, qu'est-ce que chacun·e y engage, et comment éviter que le rôle fige la relation dans une dynamique unique et répétitive ?


Pratique sissy BDSM


Sissy est un mot chargé d'histoire, traversé de débats qui ne se refermeront pas de sitôt, et qui recouvre des vécus très différents selon les personnes qui s'en emparent.


Aucune de ces tensions n'a besoin d'être résolue pour que vous puissiez explorer ce qui vous attire. Ce qui compte, c'est que ce cheminement reste le vôtre : choisi, réfléchi, et jamais imposé de l'extérieur, ni par un contenu, ni par un jugement, ni par une définition toute faite.


Si des questions restent en suspens, ou si cette pratique touche à quelque chose de plus large que le jeu, un espace thérapeutique peut vous aider à y voir plus clair, à votre rythme

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